6ème Saison (2015-2016)

6ème saison 2015 - 2016

Cette 6ème édition du cycle ‘De l’écrit à l’écran’ est placée sous le signe de la transmission du patrimoine culturel, thème du film de Wu Tianming en ouverture du programme : c’est également l’une des préoccupations qui anime ce cycle. La première partie du programme est consacrée, justement, à des grands films méconnus du patrimoine cinématographique chinois, en commençant par deux classiques rares des années 1950 et 1960 :
  •  un film de 1956 qui revisite le grand roman de Ba Jin qu’est « Famille » ;
  •  et un film de 1962 consacré à Li Shuangshuang, modeste mais enthousiaste héroïne du Grand Bond en avant.
Toujours dans les années 1960, le programme met ensuite en valeur deux aspects de l’œuvre d’un cinéaste aussi brillant que prolifique dont on parle peu aujourd’hui, mais qui a exercé une énorme influence sur les réalisateurs chinois, de son temps et ultérieurs : Li Han-hsiang, dans la transcription usuelle de son nom. Le premier des deux films est en outre l’une des meilleures adaptations à cette heure d’un conte du Liaozhai, ce qui permettra d’aborder l’œuvre de Pu Songling. L’actualité nous fournira par ailleurs l’occasion de rendre hommage à l’une des grandes actrices du cinéma chinois des années 1950 et 1960 : Li Lihua. Un prix lui sera en effet décerné en novembre au festival du Golden Horse pour l’ensemble de sa carrière, et le CDCC, qui a des copies uniques de certains de ses films, est heureux de se joindre à cet hommage avec l’un de ses meilleurs rôles, dans un film qui est de surcroît l’une des nombreuses adaptations de la célèbre histoire de l’Orphelin des Zhao. Après un film retraçant la vie d’un grand maître d’arts martiaux de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle, Huo Yuanjia, dans une interprétation de Jet Li, c’est Feng Xiaogang qui sera mis à l’honneur, pour souligner la diversité de son talent, avec deux films tout aussi réussis dans des registres totalement différents, mais qui se rejoignent dans la même approche humaniste : une comédie et un film de guerre. On pourra ensuite découvrir un jeune réalisateur moins connu, mais qui mérite de l’être, avant de terminer l’année avec une séance spéciale consacrée au grand réalisateur tibétain Pema Tseden, dont l’actualité, ici aussi, nous fournit l’argument, son dernier film, « Tharlo », faisant partie de la sélection du festival de Venise 2015. Réalisateur mais aussi écrivain, faisant des films en dialecte de l’Amdo mais écrivant aujourd’hui en chinois, c’est un artiste fascinant à aborder sous l’aspect du langage et de ses transpositions, en dépassant le simple aspect d’adaptation cinématographique.

Films du cycle

22 octobre 2015

Song of the Phoenix

de Wu Tianming
Ultime réalisation du grand cinéaste que fut Wu Tianming, décédé d’une crise cardiaque le 4 mars 2014, « Song of the Phoenix » décrit les difficultés rencontrées par un vieux maître de suona pour trouver un disciple auquel transmettre son art et sa troupe. Le film exprime l’une des grandes préoccupations de Wu Tianming, déjà présente dans son superbe « Roi des masques » : la transmission du patrimoine culturel dans le monde moderne. « Song of the Phoenix » apparaît ainsi, rétrospectivement, comme l’ultime testament d’un cinéaste resté fondamentalement attaché aux principes et à l’esthétique de la quatrième génération.
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12 novembre 2015

The Family

de Chen Xihe / Ye Ming
Publié en 1933, mais révisé plusieurs fois, par Ba Jin lui-même, à partir de 1954, le roman est l’histoire de trois frères d’une riche famille de Chengdu, entre 1916 et 1920, dans le contexte des débuts du mouvement de la Nouvelle Culture. C’est la chronique d’un conflit entre générations, entre tradition et désir de s’en évader. Si l’aîné se soumet à l’autorité patriarcale, les deux autres sont plus rebelles, surtout le plus jeune : après la mort du père, imbu des idées progressistes du 4 mai, il finit par quitter la famille, pour aller à Shanghai. Le film, comme le roman, est aussi une dénonciation de la misère de la condition féminine à travers le destin tragique des trois jeunes femmes liées aux fils. En 1933, le roman exprimait les aspirations d’une génération. Dans le contexte de 1956, le film traduit les espoirs d’une autre époque, qui seront malheureusement de courte durée.
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26 novembre 2015

Li Shuangshuang

de Lu Ren
« Li Shuangshuang » est une comédie, réalisée au lendemain du Grand Bond en avant, sur un scénario adapté, par l’auteur lui-même, d’un récit de Li Zhun publié, lui, en 1959. Les détails de l’histoire ont changé, mais le personnage de Li Shuangshuang est resté le même : une jeune paysanne illettrée, mais vive, enjouée et entreprenante qui devient travailleuse modèle et obtient jusqu’au respect admiratif de son mari. Elle est l’emblème du rêve de libération des femmes que le Grand Bond en avant a tenté de matérialiser. Zhou Enlai aurait dit en voyant le film : Si Li Shuangshuang veut devenir ministre, je lui cède la place. C’est le genre de personne énergique et charismatique dont le pays avait besoin en 1962. Et il n’est pas anodin que ce soit une femme…
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10 décembre 2015

Enchanting Shadow

de Li Han-hsiang
« Enchanting Shadow » est la meilleure adaptation de l’un des contes les plus connus des « Chroniques de l’étrange » de Pu Songling, et certainement celle qui est la plus fidèle à l’esprit de l’œuvre. Sans effets spéciaux, en donnant une large place à la beauté du texte, et à la qualité d’une interprétation toute intériorisée, Li Han-hsiang dépeint une jeune femme condamnée à une existence de fantôme, mais transcendée par son amour tragique pour un jeune lettré avec lequel elle partage le même amour pour la poésie et la peinture. L’étrange devient une autre catégorie du réel, et l’amour pour le fantôme une sorte d’amour idéal, ou idéalisé. C’est l’un des plus beaux films de Li Han-hsiang.
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21 janvier 2016

The Winter

de Li Han-hsiang
“The Winter” est un film inhabituel dans la filmographie de Li Hanhsiang : un film simple, mais poignant, qui dépeint les affres du petit propriétaire d’un restaurant incapable d’avouer l’amour qu’il porte à une jeune voisine, ni même de se l’avouer à lui-même. Le film a été filmé en extérieur, dans la rue grouillante de monde d’un marché. Réalisé alors que Li Han-hsiang était à Taiwan, il est devenu l’un des grands classiques du cinéma taïwanais, mais son style réaliste a influencé les réalisateurs de la Nouvelle Vague du cinéma de Hong Kong, dans les années 1970.
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28 janvier 2016

The Grand Substitution

de Yan Jun 严俊
« The Grand Substitution » est une adaptation de la célèbre histoire de « L’orphelin des Zhao » qui se passe à l’époque des Printemps et Automnes, au 6ème siècle avant Jésus-Christ : un ministre est injustement condamné pour traîtrise, toute sa famille est condamnée avec lui, et seule en réchappe sa femme ; enceinte, elle donne naissance à un bébé, le fameux orphelin, caché, élevé sous une fausse identité, et formé aux arts martiaux par un ami de son père pour venger sa famille… L’histoire est ici adaptée en opéra huangmei, l’une des formes les plus populaires d’opéra traditionnel chinois pour ses livrets romantiques et ses airs mélodieux. Le film vaut surtout pour son interprétation, et en particulier pour les deux principaux rôles féminins, interprétés par Li Lihua, aux côtés d’Ivy Ling Po.
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11 février 2016

Rouge

de Stanley Kwan
Le roman de Lilian Lee conte l’histoire d’un jeune playboy à la mode, amoureux d’une courtisane dans la Hong Kong du début des années 1930. Leur amour étant condamné par la famille et la société, ils décident de se suicider ensemble, pour se retrouver dans l’au-delà. Au bout de cinquante ans, la jeune femme revient sur terre chercher son amant qui ne s’est pas manifesté. Il ne s’est pas suicidé, et, réduit à la pauvreté, vit chichement comme figurant d’opéra… Ce pourrait être une autre histoire de fantôme à la Pu Songling. Mais c’est surtout une histoire d’amour trahi. C’est l’un des grands films de Stanley Kwan, remarquablement interprété par Leslie Cheung et Anita Muy.
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3 mars 2016

Judou

de Zhang Yimou
Au début du 20ème siècle, la jeune et jolie Judou est vendue à au vieux propriétaire d’une teinturerie de tissus qui attend d’elle qu’elle lui donne un fils. Battue et humiliée par un mari impuissant, elle va se consoler auprès de son fils adoptif. Paralysé à la suite d’un accident, le mari devient la cible d’une cruelle vengeance des deux jeunes amants. « Judou » a offert l’un de ses grands rôles à Gong Li. Il a été le premier film chinois à obtenir une nomination pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, en 1991. Les aspects techniques sont aussi réussis que la réalisation et l’interprétation, avec Gu Changwei pour la photographie et Zhao Jiping pour la musique. C’est un sommet de la filmographie de Zhang Yimou.
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17 mars 2016

Fearless

de Ronny Yu
Sorti en France sous le titre « Le Maître d’armes », « Fearless » est, à strictement parler, un film de wushu : il figure parmi les grands films sur des figures légendaires d’arts martiaux. Il s’agit d’une version romancée de l’histoire de Huo Yuanjia, grand maître d’arts martiaux de la fin des Qing passé à la légende. Célèbre pour avoir défié des adversaires étrangers dans des combats très médiatisés, il est réputé avoir insufflé une nouvelle fierté à la nation chinoise, humiliée par les puissances étrangères, Japon en tête. Huo Yuanjia est l’un des grands rôles de Jet Li, et sa septième collaboration avec le chorégraphe d’arts martiaux Yuen Wooping.
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7 avril 2016

Big Shot's Funeral

de Feng Xiaogang
« Big Shot's Funeral » est l’une des comédies de fin d’année les plus réussies de Feng Xiaogang. Le scénario est une satire du monde du spectacle, et de la société moderne devenue elle-même société du spectacle : il imagine un réalisateur américain venu tourner en Chine ; malade, il doit renoncer à son tournage, mais charge son cameraman d’organiser ses funérailles, à la chinoise… Une comédie de funérailles, avec des sponsors pour en financer le coût. C’est une satire sociale décapante avec, dans le rôle principal, un Ge You en pleine forme, aux côtés de Donald Sutherland, tel qu’en lui-même.
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12 mai 2016

Assembly

de Feng Xiaogang
« Assembly » est l’autre aspect du talent protéiforme de Feng Xiaogang : un film de guerre à gros budget, conçu pour concurrencer les grosses productions américaines, et coréennes, le modèle affiché dès la séquence d’ouverture étant Steven Spielberg. Le film dépeint les dernières heures d’une compagnie sacrifiée pour tenir un poste avancé au moment de la bataille de Huaihuai, l’une des plus sanglantes de la guerre civile chinoise. Seul en réchappe le commandant Gu Zidi, qui passe le restant de ses jours harcelé par sa conscience, à tenter de comprendre comment tout cela a bien pu se passer, pour en témoigner et obtenir que ses compagnons morts soient dûment reconnus comme héros de guerre. C’est là que Feng Xiaogang atteint une dimension humaine qui vaut largement les films dont il est censé avoir tiré son inspiration, et une dimension proprement chinoise. Il a réussi un film commercial, mais d’une grande finesse, et sa réussite tient en grande partie à l’interprétation de Zhang Hanyu dans le rôle de Gu Zidi.
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2 juin 2016

The Black and White Milk Cow

de Yang Jin
Yang Jin est connu comme directeur de la photographie de réalisateurs indépendants, dont Li Ruijun qui lui doit une bonne partie du succès de son second film, « The Old Donkey ». Mais il est aussi réalisateur, et il a commencé sa carrière en tant que tel avec un long métrage dont il a signé le scénario comme la photographie. Tourné en 2004 dans les montagnes de son Shanxi natal, « The Black and White Milk Cow » est l’histoire d’une communauté villageoise très pauvre, à travers celle d’une vache dont le lait doit payer le salaire d’un instituteur venu y enseigner. Il s’occupe de l’animal, utilise une partie du lait pour acheter des livres à ses élèves, jusqu’à ce que la vache meure… Au-delà de l’aspect documentaire, le film touche par la finesse de sa peinture des rapports humains.
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9 juin 2016

Old Dog

de Pema Tseden
« Old Dog » est le troisième long métrage du réalisateur tibétain Pema Tseden, également écrivain et auteur de ses propres scénarios. C’est l’histoire d’un chien de berger et de son vieux maître, qui refuse de le vendre à des nouveaux riches chinois pour en faire un animal de compagnie, comme le veut la mode. Histoire emblématique des pressions dramatiques exercées par la société marchande et une modernité agressive venue de l’extérieur sur une culture ancienne, en symbiose avec la nature, « Old Dog » poursuit la réflexion entamée avec les deux longs métrages précédents avec lesquels il forme une trilogie informelle. Écrivant aujourd’hui en chinois, mais réalisant ses films dans son Qinghai natal, dans le dialecte local, Pema Tseden est partagé entre des modes d’expression complémentaires qu’il dit transcender par l’expression cinématographique. Tels sont les sujets de réflexion proposés pour cette ultime séance du cycle 2015-2016, en attendant de pouvoir programmer, sans doute l’an prochain, le dernier film du réalisateur, sélectionné à la Biennale de Venise 2015 : « Tharlo », le premier qu’il a adapté directement de l’une de ses nouvelles (traduite en français).
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